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Recevoir la Torah en numérique

 

Avec l'avènement du numérique, les modes d'appropriation de la Torah et de son étude se trouvent modifiés. Une révolution dans la chaîne de transmission.

 

« Moïse reçut la Torah du Sinaï ; et il la transmit à Josué ; et Josué aux Anciens ; et les Anciens aux prophètes ; et les prophètes la transmirent aux membres de la Grande Assemblée... ».

 

Cet extrait de la première Michna du traité des Pères, souvent la première à être enseignée aux enfants au Talmud-Torah et à l'école juive, explique bien comment la Torah a traversé l'histoire, du Sinaï où elle fut reçue, jusqu'à nos jours où sans cesse sa compréhension doit être remise sur le métier : par un enchaînement de maîtres et d'élèves, au cours duquel chaque élève deviendra maître à son tour avec pour tâche de former des successeurs. Dans cette chaîne, chaque maillon se trouve porteur d'une tradition orale en transmettant les textes révélés.

 

Car, même écrite, la Torah est muette si personne ne se penche pour la lire. Les dix paroles de D'ieu furent gravées dans des tables, mais il appartient à chacun de perpétuer leur résonance. Car les textes ont beau être sacrés, ils ne conservent de sens que si la révélation qui a présidé à leur rédaction continue à être vocalisée.

Il n'est donc pas impossible que la tradition puisse être transmise sans support. C'est même une nécessité. Car que reste-t-il des Tables de la Loi une fois que l'on en est à distance ? Au mieux un souvenir qu'il convient de se répéter. Loin des textes, loin de l'étude ?

 

la thora en version numerique

 

Le numérique est un pari

Peut-être est-ce pour dépasser l'immobilité d'une parole définitivement gravée dans la pierre – et, de ce fait, mortifère – que les premières Tables durent être brisées avant que de nouvelles ne soient ensuite taillées.

Afin que la parole soit libérée de la pierre et des contraintes spatio-temporelles. Plus que des textes sacrés, ce qui est transmis dans la chaîne de maîtres et d'élèves, c'est donc une tradition de lecture. Ainsi l'étude de la Torah consiste davantage dans la lecture que dans l'écriture. Des mots, des phrases, pas de lettres ni de pages. Tels furent les débuts du Talmud : une somme d'enseignements oraux accumulés à travers les siècles et revivifiés à chaque génération.

 

Plus que jamais, la révolution numérique, dont l'essor a débuté dans les années 1980, permet de comprendre et d'appliquer ce schéma.

En plus de l'abolition des limites spatio-temporelles, l'absence d'un support pour le texte, qu'il soit de pierre, de parchemin ou de papier, fait souffler sur l'étude le vent rafraichissant de l'oralité. Avec le numérique, nul autre support aux textes révélés que le cœur des étudiants.

 

La Torah se perpétue en se gravant dans les cœurs.

 

La crainte de l'oubli peut toujours poindre. Cette même crainte qui, autrefois, poussa à mettre sur texte le corpus talmudique. Mais parce qu'il ne s'agit que de la crainte de l'oubli et pas de sa certitude, alors le numérique est un pari.

En ouvrant le vertige de pouvoir perpétuer l'étude de la Torah sans l'habituelle béquille du papier, il rappelle que cette étude ne doit pas se figer, se graver (Harout), mais être un vecteur de liberté (Hérout). Révolution numérique ? Dans l'étude, elle est en fait un retour à la parole inscrite dans le texte et qui ne se révèle que dans la lecture acharnée.

En espérant la gravure de la Torah dans les cœurs, le pari du numérique rappelle le sens du Sinaï et de Chavouot : recevoir un cœur nouveau.


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