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"Je suis prêt à descendre à nouveau dans la rue" - Interview du cardinal Philippe Barbarin

L’un des plus farouches opposants au mariage gay lance un cri d’alarme et invite François Hollande à modifier la réforme.

Benaissa Chana et le Cardinal Philippe Barbarin le 13 janvier à Paris
Le débat sur le "mariage pour tous" est maintenant engagé au Parlement. La voix de ceux qui y sont opposés a-t-elle été entendue ? 

Oui, le cri du 13 janvier résonne encore, ce qui ne veut pas dire qu’il a été écouté. Quel que soit le nombre des manifestants - le gouvernement, lui, le sait -, les observateurs reconnaissent que, même à 340 000 personnes, il s’agit d’un mouvement de fond sans équivalent depuis de nombreuses années. Ces foules ne se sont pas déplacées pour défendre leur choix ou leur intérêt, comme à la manifestation de 1984, mais pour le bien de tout notre pays. Car cette loi entraînerait beaucoup de trouble et de confusion. Le 13 janvier, je marchais à côté du président du Conseil régional du culte musulman, et je l’ai entendu plusieurs fois dire aux journalistes : « Non, il ne faut pas cette loi pour la France ! » Cela m’a paru un excellent résumé de ce qui unissait tous les manifestants.

 

Avez-vous l’impression que François Hollande et le gouvernement essaient de passer en force ? 

Le président se grandirait en disant : « J’entends les réserves exprimées par les Français, je souhaite que cette réforme fasse l’objet d’un large consensus et qu’elle ne soit pas sujette à des contestations ultérieures. » Dès le 15 janvier, le conseil permanent de la Conférence des évêques a émis un avis clair et pondéré, qui est passé trop inaperçu selon moi. Il encourageait le gouvernement à proposer « des solutions et des formulations qui soient respectueuses du caractère hétérosexuel du mariage, de la filiation et des personnes homosexuelles ». Il y a certainement des formules à trouver, et plusieurs ont déjà été exprimées. Mais il faut être conscient que changer le sens des mots, c’est une grande violence faite à toute une nation. Le mariage est, et doit rester, l’union d’un homme et d’une femme. Il s’agit d’un invariant humain qui préexiste à tout pouvoir politique et à tout choix religieux.

Sur le fond, quels sont les dangers de cette loi pour la société ?

Il s’agit d’une révolution de l’engendrement et de la filiation. Inéluctablement, nous passerions de l’enfant-don à l’enfant-dû, de l’enfant reçu qui sait quelles sont ses origines à l’enfant « produit » qui, la plupart du temps, ne pourra pas connaître ses deux géniteurs. Que l’histoire d’une famille soit malmenée par la disparition de l’un des parents ou par une séparation, c’est une chose, assez douloureuse déjà, mais que des enfants soient conçus dans cette optique en est une toute autre.

Dans le débat sur la procréation médicalement assistée qui prolonge la question du mariage pour tous, quelle est votre position ? 

Le mariage s’oriente naturellement vers l’enfant. Il n’y aura donc pas de loi sur le mariage homosexuel sans que tôt ou tard soient votées, autorisées et, qui sait ? remboursées la PMA et la GPA. Si je suis résolument contre, c’est d’abord parce que je suis pour le fait qu’un enfant puisse bénéficier d’un papa et d’une maman. Je ne dis pas qu’il y a « droit », car beaucoup en sont privés, mais il est clair que, pour tout enfant, c’est mieux de pouvoir grandir entre ses parents. Demandez à n’importe quel professeur, il saura vous dire les enfants de sa classe qui bénéficient d’un équilibre familial et ceux qui n’ont pas cette chance.

 

Voulez-vous accentuer la pression et descendre à nouveau dans la rue ? Êtes-vous prêts à le faire personnellement ?

Bien sûr. De très nombreuses personnes sot prêtes à le refaire ce 2 février, pour affirmer clairement que ce projet de loi n’est ni un bien ni un progrès.

Propos recueillis par Catherine Lagrange

Source : Le Point, n° 2017, 31 janvier 2013

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