French English

Israël et l'Eglise: Deux voix pour le même Dieu

Jacques Doukhan
Vie et Santé
2010

 

Lorsqu'ils marchaient ensemble...

Trop souvent, l'Histoire est déformée parce que nous l'envisageons dans la perspective de notre propre vision de la réalité présente. Nous projetons dans le passé ce qui paraît familier à nos yeux aujourd'hui. Sous la pression de nos habitudes et le poids de notre paresse, nous cultivons des clichés et des préjugés et construisons ainsi une Histoire qui satisfait mieux nos inclinations naturelles.

Cette observation est particulièrement vraie en ce qui concerne l'Histoire judéo-chrétienne. A partir de la séparation que nous voyons aujourd'hui entre Juifs et chrétiens, nous supposons qu'il en a toujours été ainsi ; et nous en concluons qu'il devait en être ainsi. Cependant, lorsqu'on consulte attentivement les documents originaux du Nouveau Testament et les anciens écrits juifs, ainsi que le témoignage de l'archéologie et les dernières découvertes de la sociologie, une image toute différente se présente à nous : il y eut un temps où Juifs et chrétiens marchaient ensemble ; ils adoraient Dieu ensemble ; ils croyaient et espéraient ensemble.

Lorsque les chrétiens étaient juifs

...

Les deux témoins

La loi de Moïse exige le témoignage d'au moins deux témoins pour qu'une déposition soit crédible (Deutéronome 17.6). Jean a répété ce principe dans le Nouveau Testament : "Le témoignage de deux hommes est vrai" (Jean 8.17) Le fait que deux personnes racontent la même histoire signifie qu'elles ont vu la même chose. Elles se confirment ainsi mutuellement ; elles disent la vérité. De même, le témoignage de l'Église fait d'Israël un témoin véritable, et le témoignage d'Israël fait de l'Église un témoin véritable. Les deux témoignent de la même histoire. Les deux proclament à voix haute les mêmes miracles de la création, de l'exode, de la résurrection et de l'espérance, prouvant ainsi que Dieu est présent, qu'il a parlé et agi, et qu'il est encore présent, qu'il parle encore et qu'il est encore vivant.

C'est pourquoi ces deux témoins, l'Église et Israël, sont nécessaires pour que le gens puissent croire et espérer en quelque chose d'autre au-delà de leurs souffrances et de leurs luttes, et, au-delà de la vallée de l'ombre de la mort, pour qu'ils puissent introduire une morale dans leur vie et devenir ainsi le signe humain de la réalité divine. Ces deux témoins sont nécessaires pour pouvoir répéter, et ainsi authentifier, la même histoire. De plus, les deux sont nécessaires pour que cette histoire se complète. Chaque témoin peut avoir vu quelque chose qui a échappé à l'attention de l'autre. Nous avons besoin des deux témoins pour avoir une histoire complète. Les deux témoins ont aussi besoin l'un de l'autre pour que leur propre histoire ait plus de sens et soit plus belle.

...

Deux voix pour le même Dieu

 

...  L'une des déclarations les plus éloquentes a été faite il y a quelques années par le théologien protestant Mark Fressler dans un discours prononcé à Auschwitz : "Les Juifs témoignent de l'absolue transcendance sur laquelle est fondée toute morale : la loi. Les chrétiens témoignent de l'incarnation de la Parole. Deux voix pour le même Dieu ! Deux voix différentes, dont l'harmonie a été promise au-delà du temps." Israël et l'Église devraient, en fait, être entendus comme "deux voix pour le même Dieu".

 La voix d'Israël témoigne auprès des chrétiens de la Torah et des exigences de la justice, de l'appel à la justice et à la sainteté, de l'importance de respecter, de sonder et d'écouter la Parole écrite de Dieu, de la vérité et de la beauté des Écritures Saintes, de la valeur de la création et de la jouissance de la vie, de la célébration du temps dans l'expérience du sabbat hebdomadaire, de la perspective particulariste de l'alliance de Dieu avec son peuple, du "pas encore" de l'espérance messianique.

La voix de l'Église témoigne auprès des Juifs de l'événement du salut divin, de sa visite de l'Histoire des hommes dans la chair, de la prise de conscience de la misère et de l'iniquité humaines, de la bonne nouvelle de la grâce de Dieu et de son amour pour l'humanité, de l'appel à l'amour et au pardon, de la proximité de Dieu, de sa relation personnelle avec chaque individu, de la perspective universelle de l'alliance de Dieu avec l'humanité, du "déjà" du royaume de Dieu.

Lorsque ces deux témoins - les "deux Juifs" d'Israel Zangwill *- s'entendront l'un l'autre comme la voix du même Dieu, alors, enfin, la voix de Dieu sera entendue.

 

Submit to DeliciousSubmit to FacebookSubmit to Google BookmarksSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn
scroll back to top