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Israël depuis Beaufort

Richard Millet
Les Provinciales
2016

 

« L'Église et la Synagogue ont besoin l'une de l'autre », c'est notamment avec ces mots inspirés de Franz Rosensweig que s'ouvre ce petit livre. Le controversé Richard Millet fixe ainsi d'emblée le décor et dévoile son ambition : se demander s'il n'y a pas toujours « un Juif qui témoigne pour (lui), sinon en (lui), chrétien ainsi chargé de lui témoigner une éternelle reconnaissance ? »

 

Avec une réflexion qui semble avoir été écrite d'un jet de plume puissant, l'écrivain propose une introspection qui inévitablement le ramène au Liban et lui fait poser un regard sur Israël. Millet revient donc sur son adolescence, lorsqu'il prend conscience de la force des mots, et au cours de sa réflexion sur lui-même, il se surprend à réaliser une véritable transfusion spirituelle en lui du « sang juif de Jésus ».

lsraël apparaît alors comme une réalité, une mémoire et une certitude tangible de l'origine jamais perdue. Avec ce livre profond. Richard Millet démontre à nouveau combien la langue peut être utilisée comme une arme.
Des passages sont difficiles – certains du fait d'un vocabulaire brutal, d'autres pour leur crudité – mais le propos est toujours sincère.

Article de Éric Keslassy, Actualité Juive, jeudi 9 juin 2016.

Extrait:

Le sang et l’être juifs ne se confondent-ils pas dans une universalité à laquelle je participe par le baptême et par cet héritage qui porte le nom de culture  ? N’y a-t-il pas toujours un Juif qui témoigne pour moi, sinon en moi, chrétien ainsi chargé de lui témoigner une éternelle reconnaissance ?

 

Cela, je ne me le disais bien sûr pas de la sorte, adolescent ; mais les noms juifs et les mots hébreux qui ne cessaient de sonner dans la bouche des religieuses et des curés au Liban, et même dans les propos quotidiens, m’apportaient une ascendance tout à la fois rêvée et authentique, qui s’ajoutait à celle dont mon sang me faisait descendre ; et si, comme me l’a dit une fois Edmond Jabès, à l’âge d’un Juif il faut toujours ajouter trois mille ans d’histoire, il me semblait que ces siècles frémissaient également en moi par l’esprit et par la parole.

 

L'auteur: 

 

Richard Millet a commencé par la guerre pour apprendre à écrire, dit-il, trente ans plus tard, dans La Confession négative, ce journal d’un combattant catholique au Liban.
Il a «  inventé  » le village de Siom en Corrèze, et s’est fait le chroniqueur de la France perdue (des années cinquante et soixante), sa Recherche, au fil de nombreux livres dont Ma vie parmi les ombres (mais c’est «  une civilisation qui avait duré des siècles  »).

 

Éditeur influent il fut limogé de Gallimard pour avoir évoqué la « langue fantôme » des nouveaux « apparatchiks » de la littérature (et non Anders Breivik, dont il ne faisait pas l’éloge…). Triste épilogue, semblable à «  la destruction des villes par les architectes  » de cette France révolutionnaire «  frappée d’insignifiance  » et qui «  n’est plus qu’une république bananière de la littérature ».

 

Essayiste donc Richard Millet écrit et cette écriture se veut la « mémoire d’un chant » : le chant profond de ce catholicisme inséparable de l’« Israël polysémique » qui l’aura suscité. « Je suis catholique. Je n’ai plus besoin de le cacher. La haine que je suscite se nourrit d’ignorance et de légendes qui ont parfois trait à la question palestinienne, certains n’hésitant pas, dans un singulier délire à m’accuser d’avoir découpé des Palestiniens à la hache… Quant à la répugnance que peuvent inspirer mes livres, je ne la discuterai pas : on est libre de me haïr pour ce que je suis ; la vérité après tout importe seule… ».


Source : Les provinciales

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