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Les juifs et la République

La vie d'André Neher a profondément marqué l'histoire du judaïsme français. Il est né à Obernai, en 1914, dans une communauté juive du Bas-Rhin, alors que la grande guerre 1914-1918 avait déjà commencé. Il passe son enfance dans la joie des jeux partagés avec son frère et ses soeurs, et des cousins et des camarades qui venaient le rejoindre dans le grand jardin de ses parents. Entré à l'école en 1920 à l'âge de 6 ans, il n'a eu que des institutrices françaises qui lui ont inculqué l'amour de la France et de la langue française.

Les Neher s'installent à Strasbourg en 1927. André, inspiré par son père, s'oriente vers des études d'allemand et vers la musique. Reçu premier à un CAPES, il enseigne l'allemand dès l'âge de 22 ans au collège de Sarrebourg, à de jeunes Alsaciens, tous nés après 1918 et donc, citoyens français des la naissance. Parallèlement, il fait des études hébraïques beaucoup moins linguistiques que bibliques et talmudiques dans le cadre de la synagogue orthodoxe de Strasbourg et à la yéchiva de Montreux.

 

Les quatre enfants Neher avec leur mère

 

Mais les menaces de guerre se précisent en Europe. En septembre 1939, il est mobilisé. Réformé, il rejoint sa famille repliée sur Ia région de Mulhouse qu'ils quittent en juin 1940 pour le Sud-Est de la France. d'abord à Brive-la-Gaillarde, où il est nommé professeur d'allemand au collège, ensuite à Lanteuil en Corrèze. 
L'irréparable survient alors : l'écrasement de la République française et la création d'un Etat français dirigé par le Maréchal Pétain. Dès le 20 décembre 1940, le statut des juifs chasse André Neher de l'enseignement où il s'était investi corps et âme. La quasi totalité de ses collègues français assistent à sa destitution dans la plus parfaite indifférence. Voilà l'homme, dans son exil, à Lanteuil, confronté à lui-même et à sa vraie condition de juif persécuté, comme le sont tous ses coreligionaires pourchassés dans les pays contrôlés par l'Allemagne hitlérienne. 


L'Alsacien, le Français, le professeur d'allemand, est rendu par l'adversité à sa vraie nature d'Hébreu et à sa véritable condition de Juif.

L'écrivain André Neher vient de naître : on peut dater sa mutation de la conférence qu'il donne à Lyon, en 1946, sur le thème Transcendance et Immanence où il répond magistralement aux questions que se posaient les survivants de la Shoah. Un an plus tard, en 1947, il s'unit à Renée Bernheim, la compagne et la collaboratrice de sa vie. 
Rendu à ses études, André Neher abandonne un travail consacré à la littérature allemande et se tourne vers ses racines bibliques. Sa conversion produira, en 1950, le livre intitulé Amos, contribution à l'étude du prophétisme.

Deux iront-ils ensemble sans s'être concertés ? 
Le lion rugit-il dans la forêt sans avoir de proie ? 
L'oiseau tombe-t-il dans une trappe sur terre sans qu'il y ait de piège ? (Amos 3:3-4).

Les survivants de la Shoah sont eux aussi ensanglantés dans le piège de l'exil, Ils espèrent le miracle qui les rendra à la vie. De ses déchirements naîtront les oeuvres bibliques de Neher : L'essence du prophétisme (1955), Moïse et la vocation juive (1956), Jérémie, publié en 1960 et récemment réédité en 1998. L'histoire biblique du peuple d'Israël est écrit en 1962, en collaboration avec Renée Neher. 
En 1955, Neher devient le titulaire de la chaire de Littérature juive créée pour lui à l'Université de Strasbourg. Il obtient l'insertion de l'hébreu parmi les langues vivantes dans les programmes des universités françaises. 
Encore à Strasbourg, André et Renée Neher se dépensent sans compter pour accueillir leurs coreligionnaires exilés d'Algérie, de Tunisie ou du Maroc, et réfugiés en Alsace. André s'investit dans la vie juive en Alsace et en France, dans le cadre du Congrès Juif mondial et dans le mouvement animé par Jules Isaac, des Amitiés judéo-chrétiennes. Deux livres célèbreront cette partie de la vie de Neher : L'existence juive (1962) et surtout, L'exil de la Parole, publiée en 1970 après son établissement en Israël.

 

André et Rina Neher dans leur appartement de Jérusalem

 

La venue à l'Université de Strasbourg de Joseph Agnon, qui venait de recevoir à Stockholm le prix Nobel, avait contribué à concrétiser la présence d'Israël auprès d'André et de Renée Neher. Depuis l948, le couple était conscient de ce que la résurrection d'Israël, de son peuple, de son Etat, de sa langue et de sa culture, était l'événement d'essence messianique attendu par l'histoire.

En 1967, la Guerre des Six Jours poussa les auteurs de l'Histoire biblique du peuple d'Israël, de plusieurs autres livres sur le Maharal de Prague et d'un chef d'oeuvre, Le puits de l'Exil, à s'arracher à leurs attaches françaises, pour devenir des habitants de Jérusalem. Cette alyah fut ressentie en France et en Israël, comme un symbole, Les juifs de France, depuis l'époque de Théodore Herzl, étaient le plus souvent indifférents, sinon hostiles, au sionisme. Mais les positions prises par le général De Gaulle aux lendemains de la guerre des Six jours, les affectèrent douloureusement, et plus particulièrement sans doute. André et Renée Neher. 

Leur réponse tint en un mot : la Alyah ! 
Leur présence au sein de leur peuple, dans la lumière de Jérusalem, marquait leur oeuvre au sceau de leur authenticité en Israël.

 

signatur


 

Source: judaisme.sdv.fr

 

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