French English

Ces jeunes chrétiens qui renouent avec les racines juives de leur foi

Certains étudiants et jeunes professionnels chrétiens aspirent à revenir à la source de leur foi.

 

Un pèlerinage d’étudiants « Aux sources de la Terre Sainte », ici dans le désert du Neguev.

 

Cette nouvelle génération semble ainsi renouer avec ses racines hébraïques.

 

« Écoute Israël », dit Dieu à travers Moïse dans l’Ancien Testament. Fort de cette invitation, Nicolas Chatain, 23 ans, chrétien orthodoxe de tradition russe, s’est envolé en juillet pour Jérusalem avec Hélie Brouchet, un ami catholique étudiant avec lui à l’école des Hautes études commerciales à Paris (HEC). Ils ont décidé de faire une année de césure à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (EBAF), afin d’étudier la Parole, apprendre l’hébreu biblique et prendre du recul sur leur parcours professionnel.

 

Comme eux, de nombreux étudiants et jeunes professionnels de confession catholique, protestante et orthodoxe, font l’expérience des racines juives de leur foi en se plongeant dans les Écritures ou en vivant des expériences proches de celles des premiers juifs convertis au christianisme. « Il y a deux ans, j’ai été touché par Nostra aetate, se souvient Nicolas.Ce texte du concile Vatican II rappelle sereinement quelques vérités fondamentales dans le rapport de l’Église catholique au judaïsme, et contient cette très belle phrase : ’Elle (l’Église) se nourrit de la racine de l’olivier franc (le peuple élu) sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que sont les Gentils (les premiers chrétiens convertis du paganisme)’. Ce texte devrait être la matrice pour les relations entre les chrétiens et le judaïsme ».

 

« JÉSUS S’EST INCARNÉ À UN MOMENT DONNÉ, DANS UNE CULTURE DONNÉE »

Mais cette matrice est encore peu employée et le retour des jeunes chrétiens au judaïsme n’est encore « qu’un frémissement », estime Camille Steiblen, ancienne présidente de Chrétiens en Grande École et diplômée d’HEC. « Le phénomène est limité aux grandes villes, aux aumôneries les plus dynamiques, et donc diversifiées, et aux étudiants ou jeunes professionnels les plus avancés dans leur foi. Mais il devrait se développer ». Pour répondre à ce besoin de réinscrire sa foi dans l’intelligence et l’incarnation du texte, l’Église catholique a récemment élargi son éventail de propositions  : stage de danses d’Israël, repas bibliques, marches dans le désert, etc.

 

« Le christianisme est la religion de l’incarnation. Jésus s’est incarné à un moment donné, dans une culture donnée, sur une terre et dans une langue données », rappelle Katell Berthelot, spécialiste du judaïsme antique et coauteure de Dieu, une enquête. Cette historienne, issue d’une famille de scientifiques athées, a été baptisée dans l’Église protestante réformée à l’âge de 20 ans. Convertie après un voyage en Israël, elle estime qu’on ne peut comprendre le message du Christ sans s’intéresser au contexte juif de son époque. « La Bible, avec ses 2 000 ans de texte, nécessite un réel effort d’intelligence. On le réalise davantage lorsqu’on a le regard du naïf béotien, qui n’a pas bénéficié d’une éducation chrétienne ». La jeune femme a fait de l’Ancien Testament son objet d’étude au CNRS.

 

Le retour aux racines juives de la foi chrétienne manifeste chez les jeunes une soif plus globale de fonder l’« éducation chrétienne qu’ils ont reçue et qu’ils croyaient acquise ». Selon Sœur Nathalie Becquart, directrice du Service National d’évangélisation des jeunes et des vocations au sein de la Conférence des évêques de France (SNEJV), « le cas de Paris reste particulier, car la ville a été marquée par la figure du cardinal Jean-Marie Lustiger, juif converti au catholicisme ». L’ancien archevêque de Paris a en effet mis l’accent sur le lien entre les chrétiens et le judaïsme. Son influence se retrouve notamment au séminaire de Paris, où les futurs prêtres partent chaque année en Terre sainte. « Certains de ces séminaristes deviennent ensuite aumôniers d’étudiants et insufflent le souffle du cardinal », note-t-elle.

 

« IL S’AGIT DE RESTAURER LA FILIATION »

« L’idée n’est pas de se convertir. Le judaïsme et le christianisme ont une matrice commune mais sont aujourd’hui des religions fondamentalement distinctes. Il s’agit de restaurer la filiation, de pouvoir lire l’Ancien Testament à la lumière du Nouveau et de voir le juif d’autrefois comme notre grand frère dans la foi », explique Coline Colson, étudiante à la Sorbonne. « Le désir de comprendre le monde en ses sources culturelles est de toute évidence quelque chose de nouveau », observe le jeune prêtre bibliste Alexis Leproux, à l’origine du parcours de formation Even, suivi par des milliers de jeunes en France. « Ce n’est pas l’étude biblique qui est nouvelle en France, mais l’attention que les jeunes portent à l’intelligence du monde, à l’intelligence de la foi », reprend-il.

 

Pour l’heure, le retour des jeunes chrétiens à leurs racines juives procède davantage d’une demande individuelle, ou locale, que d’un mouvement national. « Nous serons peut-être conduits avec le temps à mettre en place une proposition nationale car notre génération a soif de sens et besoin de questionner sa foi. Mais les questions les plus en vogue demeurent celles autour du sens de la vie », explique Clémence Guinot, porte-parole de la Pastorale étudiante en France. « Beaucoup d’étudiants ne se posent pas la question des racines juives. Ceux qui réfléchissent ainsi à leur foi sont encore une minorité ».

 


 

Submit to DeliciousSubmit to FacebookSubmit to Google BookmarksSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn
scroll back to top