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Des cardinaux et des rabbins pardonnent et prient en Galilée

Pour marquer les 50 ans de « Nostra Aetate » , une conférence a réuni 120 rabbins et des centaines de membres du clergé catholique.

Des centaines de fidèles réunis la semaine dernière sur les rives de la mer de Galilée récitent une prière juive fondamentale, le Shema Israël. Parmi eux, quelque 120 grands rabbins du monde entier.

 

Et pourtant, ces rabbins sont une minorité religieuse à la conférence interconfessionnelle marquant le cinquantenaire de la déclaration Nostra Aetate, qui a formellement rejetté la responsabilité du peuple juif dans la mort de Jésus.

 

 

rabbins en galilée
 
 
 

 

A l’occasion de la conférence de trois jours de début mai, le pape François a envoyé un message personnel aux sept cardinaux, aux 20 évêques, aux politiciens israéliens, et aux dizaines d’artistes et éducateurs des deux religions – 400 participants au total.

 

Si les problèmes abordés par la déclaration Nostra Aetate il y a 50 ans se font encore fait sentir dans un climat européen de plus en plus antisémite, les rabbins ont souligné le « changement très important » survenu dans les relations judéo-catholiques à la suite de Nostra Aetate.

 

« Un immense changement concernant les préjugés et les divisions du passé est en train de naître. Cet événement préfigure un nouveau printemps, la naissance de quelque chose de nouveau dans la relation entre le judaïsme et le christianisme », ont déclaré les rabbins dans une déclaration commune. Parmi les signataires, rabbi David Rosen de l’American Jewish Committee et rabbi Yitz Greenberg, tous deux connus pour leur travail interconfessionnel.

 

L’endroit de la conférence ne pouvait être plus idyllique. Le bâtiment artistique de pierre et de béton est situé sur une colline surplombant la mer de Galilée et offre une vue de carte postale.

 

Le pape Jean-Paul II a décidé que Domus Galilaeae serait « un centre pour les initiatives visant à établir un dialogue plus fructueux entre l’Eglise catholique et le monde juif » lors de son inauguration, au cours d’une visite papale, en 2000.

 

L’immense maison d’hôtes et le centre d’enseignement ont été financés – et construits – par des bénévoles qui ont pris des marteaux et des clous aux côtés des prêtres et séminaristes. Inspiré de pratiques d’études monastiques et juives, il abrite une bibliothèque de textes sacrés, dont un rouleau de la Torah casher.

 

Si le centre a vu passer 100 000 visiteurs juifs, pour beaucoup des rabbins, ce fut leur premier contact avec le Chemin néocatéchuménal.

 

Ce courant catholique défend un retour de l’Église aux racines juives. Les séminaristes de ses 100 institutions apprennent l’hébreu, qu’ils utilisent dans leurs prières et chants.

 

Il existe plusieurs congrégations du Chemin néocatéchuménal à travers Israël et chaque année, des milliers d’adeptes du monde entier effectuent des pèlerinages en Terre sainte. (Le ministre israélien du Tourisme Uzi Landau a d’ailleurs également pris la parole lors de la conférence.)

 

« Nous avons été impressionnés par la façon dont, dans le courant du Chemin néocatéchuménal, la foi est transmise aux enfants, par la façon dont les familles sont reconstruites et dont les gens apprennent les Écritures et les racines du christianisme : la foi d’Abraham, le passage de la mer Rouge, l’Exode, l’histoire du salut. De cela, un grand respect et un grand amour pour le peuple juif est né », ont déclaré les 120 rabbins dans leur message.

 

« Nous avons exprimé notre engagement commun à la présence de Dieu dans le monde et notre volonté commune à nous impliquer dans le Tikkun olam, dans la réparation du monde pour toute l’humanité, notre préoccupation croissante devant la souffrance des pauvres, notre plus grand respect pour la création et notre souhait de renforcer le concept de la famille », ont déclaré les rabbins.

 

Le Chemin néocatéchuménal est axé sur la rééducation des adultes baptisés qui ont quitté la voie religieuse. Fondé par l’artiste espagnol Kiko Argüello après son propre cheminement spirituel dans les années 1960, il est dirigé par un triumvirat composé d’Argüello, de Carmen Hernández et du père Mario Pezzi, qui occupent des postes à vie.

 

C’est un courant missionnaire, socialement conserveur au sein du catholicisme, que l’on trouve dans 25 000 communautés à travers 124 pays. Son clergé rejoint les séminaires du courant, sachant qu’ils seront envoyés, avec deux laïcs, servir au sein des communautés choisies. Mais il y a parfois des résultats mitigés. Quelques communautés catholiques ont demandé aux missionnaires de quitter leurs congrégations ou de suspendre les activités pendant cinq ans.

 

L’Eglise catholique adopte la modernité au Concile Vatican II

 

Le Concile Vatican II – de 1962 à 1965 – tenu quelque 100 ans après Vatican I – a redéfini le rôle de l’Eglise vis-à-vis du monde, en consolidant sa propre unité interne dans une société de plus en plus laïque. (Un sondage sur les religions aux États-Unis, publié cette semaine par Pew, a mis au jour une lutte toujours actuelle du christianisme contre la laïcité et noté une baisse de 3 % de la population catholique en 7 ans.)

 

La Nostra Aetate et le Chemin néocatéchuménal sont les fruits du Concile Vatican II, où l’Eglise catholique rencontre la modernité à travers une nouvelle lentille historique.

 

« En recherchant le mystère de l’Eglise, le Concile se rappelle le lien qui le relie spirituellement au peuple du Nouveau Testament, à la lignée d’Abraham. Ainsi, l’Église du Christ reconnaît que, selon la conception salvatrice de Dieu, les prémices de sa foi et son élection se trouvent déjà chez les patriarches, Moïse et les prophètes », statuait, en 1965, le Nostra Aetate.

 

« En outre, en rejetant toutes les persécutions contre tous les hommes, l’Eglise, consciente du patrimoine qu’elle partage avec les Juifs et mue, non par des raisons politiques, mais par l’amour spirituel de l’Evangile, dénonce les haines, les persécutions, l’antisémitisme dirigés contre les Juifs à tout moment et par n’importe qui », énonçait la déclaration.

 

Le fondateur du Chemin néocatéchuménal, Argüello, exprime son angoisse devant la recrudescence de l’antisémitisme dans une symphonie qu’il a composée après une visite à Auschwitz.

 

« La souffrance des innocents : un hommage symphonique et une prière » a été joué au Vatican devant le pape Benoît XVI et a depuis fait le tour du monde, y compris dans lors d’un concert donné en 2013 devant un public de 15 000 personnes de différentes religions, en face du « portail de la mort » d’Auschwitz.

 

Le morceau aurait été inspiré du portail du camp de la mort, et de la souffrance de Jésus sur la croix, « avec Marie sa mère, pleurant pour lui, comme toutes les mères des enfants massacrés », a écrit rabbi Joshua Levine Grater dans un blog hébergé par le Times of Israel.

 

« Je ne suis pas encore sûr d’être d’accord avec cette imagerie et cette métaphore, mais cela leur appartient, pas à moi ; alors j’ai tenté d’apprécier l’amour et la repentance que Kiko cherchait à offrir grâce à sa symphonie », a écrit Grater, chef spirituel de la synagogue Pasadena, en Californie.

 

Grater s’est dit « spirituellement nourri » de voir des juifs et des catholiques de partout dans le monde, des « survivants de l’Holocauste et ceux qui cachaient des Juifs » réciter ensemble la prière du Shema Israël.

 

« Comme une seule famille humaine, empruntant des chemins religieux différents, nous étions ensemble, priant et espérant que l’histoire de la haine, de la peur et de la persécution entre nos peuples puisse se transformer désormais en un avenir plus affectueux, respectueux et prospère, chacun dans sa propre voie, mais chacun essayant d’améliorer notre monde », a-t-il écrit.

 


 

 

Source: Times of Israel, 13/05/2015

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