French English

La synagogue d’Issy-les-Moulineaux a rouvert ses portes

L’un des arbres devant la façade, planté en 2004, célèbre les dix ans de la synagogue et l’amitié judéo-chrétienne

Ouvert en 1966, reconstruit et agrandi en 1994, le lieu de culte rassemble « 200 à 250 personnes pour les offices quotidiens et jusqu'à 1 000 au moment des fêtes », assure notre guide, qui se charge de la visite en ces journées du patrimoine.

 

« Tout le monde n'est pas toujours très assidu », plaisante-t-il. « Oh, vous savez, chez les catholiques, c'est pareil ! », s'exclame une retraitée, soutenue par les autres visiteurs, essentiellement des personnes âgées.

Blagues juives, citations de Woody Allen et petites anecdotes font l'essentiel de la pédagogie du guide, Alain Lévy, maire-adjoint en semaine, membre éminent de la synagogue le week-end et présentant une troublante ressemblance avec Sylvester Stallone.


Car de la pédagogie, il en faut, à mesure que se multiplient les questions et interrogations parfois très directes, montrant l'ignorance des visiteurs quant à la religion juive – et la nécessité de telles visites guidées.

 

Des questions décomplexées

Ainsi, à ce sexagénaire catholique qui demande à M. Lévy, « mais en fait, vous, les juifs, vous ne reconnaissez pas que Jésus est le fils de Dieu, c'est cela ? », le père de famille répond par une boutade : « comme disait Woody Allen, nous croyons en le même Dieu le père, nous avons juste un désaccord sur le fils ! ».

 

D'autres questions naissent pendant la visite de la synagogue, à la vue de la séparation entre les hommes, dans la salle du bas, et les femmes, cantonnées au balcon, que M. Lévy, comme de nombreux juifs orthodoxes, explique par la plus grande capacité de concentration de la femme, qui ne peut être distraite par les hommes en train de prier, contrairement à la gent masculine...

 

 

grande armoire dorée de la synagogue

 

Après avoir examiné la grande armoire dorée, trônant au fond de la salle des hommes et renfermant les rouleaux de la Torah, ainsi que les vitraux d'art, d'inspiration chagallienne, qui diffusent une douce lumière colorée sur les murs écrus, les visiteurs traversent à nouveau le hall d'entrée, où voyages en Israël, cours d'hébreu et appels aux dons pour la communauté se font concurrence sur des affiches punaisées au mur, puis empruntent un étroit escalier à la forte odeur de peinture pour monter à l'étage du moderne bâtiment.

 

Là se trouve le balcon des femmes, aux mêmes sièges tendus de velours rouge et numérotés que dans la salle des hommes, ainsi qu'une petite bibliothèque, au tableau noir recouverts de caractères hébraïques : le centre communautaire propose des cours de Talmud Torah, le « catéchisme juif », comme le résume M. Lévy.

Le guide en profite, en présentant un exemplaire original du Petit Journal, quotidien à très grand tirage du début du 20e siècle, consacré à l'affaire Dreyfus, pour rappeler l'histoire du peuple juif en France : l'acquisition de la citoyenneté en 1791, la fondation du Consistoire sous Napoléon, l'antisémitisme d'État sous Pétain... Et d'ajouter, allusion bien comprise par tous, « les lois du judaïsme sont compatibles avec la République ! ».

 

L'ouverture « comme une évidence »

Une République d'ailleurs représentée par André Santini, sénateur-maire d'Issy les Moulineaux, lors du concert de musique religieuse, assuré par le groupe Judaïc Voices, qui clôture cette journée portes ouvertes.

Il se déclare « heureux » de l'ouverture de la synagogue, et félicite la communauté juive de la ville qui, par cette initiative – c'est la sixième fois que la synagogue participe aux Journées du Patrimoine – « permet aux gens d'avoir accès à un lieu mystérieux ». Quant à Michel Elmalem, le président du conseil d'administration de la synagogue, qui se dit « plus que surpris » par l'affluence, il reprend les mots du maire, rappelant à tous qu'ils « sont les bienvenus dans la synagogue ».

 

Une démarche d'ouverture appréciée par les visiteurs, malgré l'aspect peu accueillant du bâtiment et le vigile privé qui inspecte les sacs à l'entrée : pour Marie-Hélène, dynamique sexagénaire, c'est sa « première visite dans une synagogue non-historique ». « Et pourtant, je ne suis pas très religions ! », plaisante-t-elle.

Même son de cloche pour Catherine, autre retraitée, et très active dans la paroisse Notre-Dame-des-Pauvres, voisine de la synagogue : « j'ai plusieurs amis investis dans la coexistence religieuse, qui m'ont poussée à venir aujourd'hui ».

 

 

membres de la synagogue d'issy les moulineaux

 

Et la coexistence n'est pas que de façade : devant la synagogue, où les groupes sont pressés de ne pas trop s'attarder par le service de sécurité, deux arbres ajoutent une touche de verdure au paysage de béton.

L'un, planté en 2004, célèbre les dix ans de la synagogue et l'amitié judéo-chrétienne – et un certain Nicolas Sarkozy était présent lors de la plantation, comme aime à le rappeler Alain Lévy.

Le second, planté en 2014, commémore les relations entre les juifs et les Arméniens d'Issy les Moulineaux.

 

« Et avec les musulmans, c'est pour quand ? », lance une visiteuse. « En 2024 ! », répond, sourire en coin, M. Lévy. Pour qu'enfin, la synagogue des Portes de la Paix mérite son nom.


Submit to DeliciousSubmit to FacebookSubmit to Google BookmarksSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn
scroll back to top