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Retour de Philadelphie

Nous avons tous nos limites, il faut en prendre conscience et les surmonter.

La conférence annuelle de l'ICCJ a eu lieu à Philadelphie du 10 au 13 juillet 2016 avec pour thème : « La dynamique du pluralisme religieux dans un monde qui change ».

Nous avons examiné le contexte local de Philadelphie, la ville qui a vu naître les États-Unis d'Amérique, le contexte national avec ses spécificités et comme à notre habitude nous avons élargi notre réflexion à l'aspect international.

La majorité chrétienne aux E.U : Tolérance, Intolérance et Rivalité

La première journée de nos travaux a démontré que le Christianisme aux États-Unis n'est pas une communauté monolithique et encore moins un long fleuve tranquille. Le Christianisme américain est constitué de près de 12 000 groupes différents et cette réalité est en évolution et en développement constant.

Philadelphie, cette ville où tout a commencé, fut fondée comme un lieu de tolérance à la diversité religieuse à l'encontre de l'État du Massachussetts où le Puritanisme prévalait. Les pionniers sont arrivés de Suède en 1638 ; ils étaient Luthériens. Sur place, il y avait bien sûr des Indiens natifs d'Amérique et des esclaves amenés d'Afrique, chrétiens, musulmans ou adeptes du Vaudou. William Penn, fondateur de l'État, était un quaker anglais porteur d'idées nouvelles de tolérance religieuse et de pacifisme. Il possédait néanmoins des esclaves, ce qui démontre si besoin en était nos limites humaines quand il s'agit d'étendre nos idéaux à tous les domaines de la vie.

Ces limites existent encore aux États-Unis où le racisme est loin d'être évacué ; elles existent malheureusement aussi dans nos esprits. Au mieux nous en sommes conscients et nous nous appliquons à les combattre.

 

Des vagues successives d'immigration ont amené des Catholiques et des Juifs et elles ont aggravé les tensions interreligieuses. Force est de constater la prépondérance du fait religieux aux États-Unis. Pour les migrants, la religion procurait un cadre social et des repères, elle venait combler un vide laissé par un État central qui ne fait que très peu pour ses habitants. Le Christianisme y a été utilisé pour justifier à la fois l'esclavage et l'abolition de celui-ci en s'appuyant à chaque fois sur la Bible. De même des idéologies racistes subsistent dans les débats religieux aujourd'hui, nul ne peut prétendre l'ignorer.

Nos travaux du premier jour nous ont ramenés à nos histoires personnelles et aux questions qui inévitablement en découlent : n'avons-nous pas tous commis un péché originel dans nos pays ? Que faisons-nous de ce sentiment de culpabilité ?

De nouveaux textes pour le dialogue

L'année 2016 nous a apporté de nouveaux documents de travail pour le dialogue judéo-chrétien ; une séance fut consacrée à leur examen.

Cette réflexion a établi que l'essentiel était dans leur dénominateur commun : une reconnaissance constante du progrès accompli et une volonté ferme de poursuivre.

En relisant les documents juifs, j'ai compris qu'il est vraiment très difficile de trouver les mots justes pour dire ce qui est à la fois d'ordre historique et théologique. Les auteurs juifs l'auront compris eux-mêmes et adapté leur compréhension du document catholique récent. Un document de ce type est toujours la rédaction laborieuse d'un compromis. La discussion qui s'ensuivit a posé les jalons pour les grandes questions qui nous attendent : une seule Alliance, la même Alliance ou deux Alliances ? Nul doute que ces questions feront couler encore beaucoup d'encre, mais désormais, et c'est ce qui importe le plus, il ne s'agit plus d'un discours à propos de l'autre mais d'un échange fraternel dont le but est d'approfondir encore le dialogue théologique.

Le Judaïsme américain : une réussite exceptionnelle

Le professeur Jonathan Sarna est le plus éminent spécialiste du Judaïsme américain et sa conférence a permis de mieux comprendre l'extraordinaire intégration de celui-ci. En 1654, un bateau avec à bord des réfugiés juifs de Recife arrive à New Amsterdam ; c'est le début de l'histoire d'une communauté minoritaire mais visible dont l'intégration servira de modèle aux autres minorités religieuses.

 

Les Juifs américains ont obtenu leurs droits en tant qu'individus, pas en tant que communauté. Il n'y a pas eu de loi dite « des Juifs ». La liberté religieuse est considérée comme un droit naturel, et si les préjugés, l'antisémitisme et la persécution n'ont pas disparu d'emblée, la place de la communauté juive aux États-Unis prouve bien que l'Amérique ne se comprend pas comme un pays exclusivement chrétien.

Les Juifs ont dû se battre pour leurs droits au niveau des États : le Maryland et le New Hampshire ne les leur ont accordés qu'au XIXème siècle. Ils ont dû se battre aussi sur le plan sociétal : de nombreuses écoles et universités limitaient leur admission en établissant des quotas. Ces quotas furent interdits dans la deuxième moitié du XXème siècle. Néanmoins, la communauté juive s'y est sentie plus en sécurité qu'ailleurs, elle n'est pas marginalisée ou à la périphérie de la société américaine, et son influence est globalement reconnue comme positive.

Elle a affirmé à l'occasion de tous les grands combats de la société américaine que la vigilance s'impose quand il s'agit des droits des minorités et que c'est un devoir patriotique de s'engager pour les préserver.

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